La NEWSletter social-écologique du 15 janvier 2021

Cette semaine a été marquée par les initiatives des socialistes pour alerter le gouvernement sur la situation de la jeunesse en cette période de crise sanitaire, économique et sociale. Nous reviendrons sur la campagne lancée par les Jeunes socialistes, sur notre format « On part en live » qui s'est déroulé hier soir, consacré à la précarité de la jeunesse, sur l'interview de Valérie Rabault dans Les Échos et sur la tribune de nos secrétaires nationaux, Yannick Trigance et Isabelle Rocca, sur la situation toute particulière des universités et des étudiant·e·s.

À l'occasion de son interview chez Jean-Jacques Bourdin, Olivier Faure a dénoncé la stratégie vaccinale du gouvernement et a demandé transparence et concertation avec les collectivités locales. Tu pourras retrouver cet entretien en intégralité.

Vendredi dernier, Olivier Faure était à la tête de la délégation socialiste qui s'est rendue à Jarnac en hommage à François Mitterrand. Nous te proposons un retour en images sur ce déplacement.

Tu trouveras également un replay de l'interview de notre premier secrétaire qui était l'invité de Radio J dimanche dernier, un communiqué de presse sur les événements qui se sont déroulés à Cayenne la semaine dernière, le clip en faveur de la vaccination de nos député·e·s et bien sûr le Zap'Parlementaire.


En finir avec la précarité de la jeunesse

Les jeunes sont particulièrement frappés par la crise que nous traversons et le gouvernement ne leur accorde pas l'attention qu'ils méritent ! Pour alerter sur cette situation et en sortir, les socialistes se mobilisent à travers une campagne des Jeunes socialistes contre la précarité qui frappe la jeunesse ; une proposition de loi au Sénat pour demander l'extension du RSA aux moins de 25 ans ; la présidente du groupe socialiste à l'Assemblée nationale déplore dans Les Échos que les facs soient livrées à elles-mêmes et dans Libération nos secrétaires nationaux en charge de l'éducation proposent de sortir les étudiant·e·s et les universités de l'angle mort dans lequel les cantonne la politique gouvernementale.

La campagne des Jeunes socialistes

Ignorée, voire méprisés par le gouvernement, les jeunes de France vont mal. Il est urgent d'agir pour ne pas sacrifier une génération. Les Jeunes socialistes lancent leur campagne pour alerter sur la précarité de la jeunesse en cette période de crise sanitaire, économique et sociale.

Télécharger les visuels

« On part en live » | Le replay

Hier soir avait lieu un nouvel épisode de « On part en live » avec Rémi Cardon, sénateur de la Somme, sur le thème de la précarité de la jeunesse. Il nous a notamment parlé de sa proposition de loi pour étendre l'accès au RSA aux moins de 25 ans qui sera examinée en séance publique le 20 janvier. L'idée est de répondre à l'urgence et d'accompagner les jeunes pour les aider à traverser la crise à laquelle nous faisons face.

Tu n'as pas pu assister à ce live Facebook animé par Maxime Sauvage avec Monique Lubin, Orlane François, Emma Rafowicz et Nathan Abou ? Nous te proposons donc de regarder le replay !

Le replay

Ce matin, Bruno Le Maire a été interrogé par Jean-Jacques Bourdin sur l'ouverture du RSA aux 18-35 ans. Il continue à s'opposer à cette mesure malgré la grande précarité à laquelle font face les jeunes à cause de la crise. Olivier Faure a réagi aux propos du ministre sur Twitter :

Les Échos | Valérie Rabault : « Le gouvernement n'est pas suffisamment aux côtés des étudiants dans cette crise »

Cette semaine, Valérie Rabault, présidente du groupe Socialistes et apparentés à l'Assemblée nationale, accordait une interview aux Échos. Elle tire la sonnette d'alarme sur le sort des étudiant·e·s, très fragilisé·e·s par la crise du Covid.

« Au motif de l'autonomie des universités, le gouvernement laisse les facs trop livrées à elles-mêmes. »

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La situation des universités

Lundi, Yannick Trigance, secrétaire national du PS à l'Éducation et à l'Enseignement supérieur, et Isabelle Rocca, secrétaire nationale adjointe du PS pour l'Éducation populaire, publiaient une tribune dans Libération : « Crise sanitaire : les universités, angle mort du gouvernement ».

« La gestion de la crise par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche met en danger une génération entière d’étudiants, tant sur le plan de leur formation que sur celui des risques psycho-sociaux. »

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Stratégie vaccinale : Olivier Faure demande au gouvernement transparence et concertation avec les collectivités locales

Chez Jean-Jacques Bourdin, Olivier Faure a déploré que, dans la course de vitesse engagée contre l’épidémie, le Gouvernement semble toujours avoir un train de retard. Il a réitéré sa demande auprès du Premier ministre de faire toute la transparence sur la campagne de vaccination en mettant les données en open data. Il a regretté que l’on ne fasse pas davantage confiance aux élus locaux pour déployer sur le terrain la stratégie vaccinale. Il a enfin répété que la démocratie ne pouvait pas être confinée et supplantée par un conseil de défense opaque. 

Retrouve l'intégralité de cette interview :

Les socialistes rendent hommage à François Mitterrand

Il y a 25 ans disparaissait François Mitterrand, premier président socialiste de la Ve République, l'homme qui incarna la victoire du peuple de gauche le 10 mai 1981 et engagea la transformation durable de notre pays. Olivier Faure était présent à l'hommage officiel rendu à Jarnac en Charente sur la tombe de l'ancien président. Il était accompagné de Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de France Urbaine, Ségolène Royal, ancienne ministre, Rachid Temal, sénateur du Val-d'Oise et Brigitte Marciniak, première secrétaire fédérale de Charente.

Retour en images

Olivier Faure sur Radio J

Dimanche dernier, le Premier secrétaire était l'invité de Radio J. Si tu souhaites écouter ou réécouter cet entretien, nous te proposons un replay !

Radio J

CP | Le PS condamne fermement les méthodes de maintien de l'ordre utilisées à Cayenne

– Le mardi 12 janvier 2021

Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste

Josette Borel-Lincertin, secrétaire nationale à l'Outre-mer

Le Parti socialiste condamne fermement les méthodes de maintien de l’ordre qui ont été utilisées en fin de semaine dernière à Cayenne, en Guyane.

En effet, les forces de l’ordre ont eu recours à un chien policier qui a été lâché dans les rues du chef-lieu guyanais contre des carnavaliers et des manifestants pacifiques. Ce lâcher de chiens vient résonner cruellement dans la mémoire collective des Outre-mer : ces animaux étaient utilisés pour mater les révoltes des anti-esclavagistes et des esclaves au temps détestable de la colonisation.

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Les parlementaires socialistes

Le clip des député·e·s socialistes en faveur de la vaccination

Le gouvernement n’a pas organisé de campagne de communication « grand public » sur la nécessité de se faire vacciner. C'est pourquoi le groupe Socialiste et apparentés à l'Assemblée nationale a décidé de produire son propre clip. Nous t'invitons à le regarder !

Le Zap'Parlementaire

Comme chaque semaine, nous te proposons de retrouver les questions au gouvernement de nos députés et sénateurs en séance ! Pour voir le replay, c'est ici ⤵️

Les podcasts du Parti socialiste 

Les replays du RDV de la Gauche d'Après, ainsi que le reste de nos podcasts sont aussi disponibles sur Apple Podcast, Spotify, mais aussi Deezer et Podcast addict. 

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Crise sanitaire : Olivier Faure interpelle le président de la République

Alors que l’épidémie de coronavirus reprend de la vigueur, la stratégie sanitaire du gouvernement, articulée autour du triptyque « tester, tracer, isoler », montre des failles importantes. Comment y remédier et faire en sorte que notre pays soit en capacité d’affronter ce qui ressemble de plus en plus à une deuxième vague ? Comment relever le défi scolaire et éducatif à l’heure de l’école du coronavirus ? Comment garantir le bon fonctionnement de notre vie démocratique dans un moment où notre pays tend à se fracturer plutôt qu’à se rassembler ?

En ce jour de conseil de défense, et relayant les inquiétudes de nos concitoyennes et concitoyens, voici les principales questions sur lesquelles le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a souhaité interpeller le président de la République.

Ce courrier s'inscrit dans la continuité des deux précédents adressés plus tôt dans la crise au président de la République.
OF bureau 

Ivry-sur-Seine, le 10 septembre 2020

Monsieur le Président de la République,

Depuis le début de la crise sanitaire, je me suis par deux fois adressé à vous avec la volonté constante de ne pas céder aux sirènes des polémiques stériles et en me fixant toujours comme cap d’être utile à notre pays.

Je vous ai ainsi interpellé sur les conséquences sociales du confinement, sur la nécessité de mieux garantir notre souveraineté en matière de santé, ou encore sur la meilleure reconnaissance de l’utilité sociale de nombreux métiers rendus visibles, enfin, pendant la crise sanitaire. Dans le même temps, le Parti socialiste apportait au débat public des mesures pour assurer la reprise, la rentrée scolaire et le rebond de notre économie.

Je m’adresse à vous aujourd’hui pour interroger la mise en œuvre de la stratégie du gouvernement - « tester, tracer, isoler » - pour faire face à une épidémie qui reprend de la vigueur.

***

Nous le voyons dans les grandes métropoles françaises, l’accès aux tests est devenu difficile. Nos compatriotes perdent patience devant les délais qui s’allongent pour obtenir un rendez-vous et accéder à leurs résultats. La période entre les deux suscite trop d’angoisse, désorganise la vie de nombreuses familles et impacte l’activité professionnelle. Il y a manifestement un engorgement qui nous oblige à connaître les solutions que vous préconisez pour y remédier et poursuivre la prescription de l’OMS « Testez, testez, testez ».

Parmi celles-ci, retiendrez-vous celle qui consiste à distinguer entre les « cas contacts » et les personnes présentant des symptômes qui pourraient être dirigées vers des laboratoires, et les personnes asymptomatiques ou qui veulent se rassurer, qui pourraient, elles, être orientées vers les centres de dépistage ? L’expérimentation d’un autotest en Polynésie française est-elle transférable et pourrait-elle être mise en œuvre dans un ou deux départements ? Les tests antigéniques, un peu moins fiables mais beaucoup plus rapides, peuvent-ils être généralisés et dans quels délais ?

Au printemps dernier, j’avais demandé à ce que la France maîtrise mieux sa politique sanitaire, qu’elle soit moins dépendante d’autres pays de manière à ne pas revivre l’expérience de la pénurie de masques et ses conséquences. A-t-on avancé sur la voie de cette souveraineté sanitaire, au niveau national ou européen, que ce soit pour le matériel de secours, le matériel médical, la chaîne des laboratoires, les réactifs pour les tests ?

***

Vous le savez, le nombre de personnes infectées augmente de manière importante, parfois même de manière exponentielle, et les hospitalisations pour cause de Covid-19 ont repris à un rythme soutenu. Deux professeurs de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) ont ainsi récemment attiré l'attention sur la situation dans les Bouches-du-Rhône ces derniers jours. Selon eux, au 6 septembre, sur les 70 lits en réanimation dédiés à la Covid-19 dans le département, 67 étaient occupés. Avec leurs collègues, ils s’inquiètent, si la courbe devait continuer, d’être contraints de déprogrammer des malades pris en charge pour une autre raison que la Covid-19, avec des conséquences qui pourraient être graves, en particulier pour ceux qui ont déjà été déprogrammés au printemps dernier.

Face à cette recrudescence des infections et des hospitalisations, sommes-nous prêts à faire face ? Les stocks de blouses, surblouses, drogues, seringues, qui ont tant manqué, ont-ils été reconstitués ? Les équipes médicales et paramédicales qui ont tant donné en mars, avril et mai dernier ont-elles pu récupérer et disposent-elles des moyens pour affronter ce qui s’apparente à une deuxième vague ?

Je voudrais sur ce point vous faire part de mon incompréhension devant la situation des sages- femmes à l’issue du « Ségur de la santé ». Elles ont continué d’exercer leur activité pendant le confinement et dans des conditions difficiles. Et pourtant, alors que le Code de la santé les reconnaît comme des professions médicales, elles ont vu leur indemnité alignée sur celle des personnels non médicaux...

Des impasses ont probablement été commises dans le passé, des efforts financiers ont été consentis par le gouvernement dans le cadre du Ségur, ne le nions pas. Mais sur le terrain, rien ne semble bouger. Des professionnels continuent de dénoncer l’insuffisance des ouvertures de lits et le manque de recrutements. On me signale aussi de nombreux départs, des personnels refusant un retour à « l’anormal ». Je vous demande, Monsieur le Président, de tenir « quoi qu’il en coûte » la promesse faite aux personnels soignants et non soignants quand, à 20 heures, nous les applaudissions. Ils ont beaucoup donné, depuis des années, et demain ils et elles seront en première ligne face à la Covid-19. Il revient au gouvernement de leur donner les moyens d’exercer leur métier dans des conditions de travail satisfaisantes au service des Françaises et des Français.

***

Dans son avis rendu fin juillet, le Conseil scientifique identifiait comme l’un des points de vulnérabilité français les 20 grandes métropoles du pays. Force est de constater que c'est bien à Marseille, Paris, Bordeaux, Lyon et Lille que se concentrent aujourd’hui les risques d’une reprise épidémique. Qu’est-il envisagé pour y remédier ?

Nous connaissons aujourd’hui le nombre de clusters dans notre pays. Mais en l’état, nous ne connaissons pas le nombre de personnes infectées, ni les circonstances et les lieux dans lesquelles elles ont été infectées. Je relaie la demande de nombreux spécialistes à propos d’une refonte et de la transparence sur ces données, nécessaires pour adopter des mesures ciblées.

Nos concitoyennes et concitoyens ont bien compris qu’un reconfinement général n’était pas l’option retenue par le gouvernement. Je m’en félicite. Toutefois, qu’en est-il d’un reconfinement local ou partiel ? Des pays comme l’Allemagne y ont déjà eu recours. En Angleterre, la ville de Leicester a pratiqué le confinement local. Le Conseil scientifique lui-même a recommandé comme « indispensable » que ce protocole soit activable si une métropole française se retrouvait dans une situation comparable à celle de Leicester (taux d’incidence de 141, bien moins élevé que dans certaines villes de notre pays). Ce type de reconfinement est-il envisagé et, si oui, dans quelles conditions ? Est-on prêt ? En serons-nous informés et dans quels délais ?

De même, confrontés à une résurgence du virus (même moindre qu’en France), le gouvernement anglais a imposé une limite de 6 personnes pour les rassemblements. La mesure, qui ne concerne pas les écoles et les lieux de travail, sera mise en place dès le 14 septembre. Pourrait-elle s’appliquer en France prochainement ?

***

La rentrée scolaire n’a pas été normale. Elle ne s’est pas faite non plus dans la joie. Il a manqué au moins du dialogue et des moyens, en métropole comme dans les territoires ultramarins. Aujourd’hui, la communauté éducative paie le prix de l’impréparation du gouvernement qui a préféré organisé un plan de com’ autour de « vacances apprenantes » plutôt que de préparer la rentrée. Et si tout se passe plutôt bien, nous le devons surtout à la communauté éducative, et singulièrement à l’investissement des enseignantes et enseignants.

La situation dans les écoles, Monsieur le Président, est particulièrement confuse quant au protocole à suivre lorsqu’une classe ou une école doivent être fermées. Les académies apportent des réponses différentes aux enseignants face à des situations identiques. Il est nécessaire de clarifier les procédures et règles à suivre et d’être transparent sur la situation sanitaire des établissements.

De nombreux parents doivent s’adapter en urgence quand une classe ou une école est fermée, ce qui est un vrai casse-tête quand ils ne ne disposent pas de mode de garde. Le gouvernement a ouvert la possibilité pour un parent de se mettre en chômage partiel. Mais cette solution n’est pas satisfaisante. Lors de la période de confinement, nous avons vu les limites de cet exercice qui consiste à garder les enfants à la maison tout en assurant son activité professionnelle. Et ce sont souvent les femmes qui doivent l’assurer. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’absence au travail signifie encore pour beaucoup de personnes une absence de revenus. Dans ce cas, ce sont les plus pauvres qui seront une nouvelle fois les premières victimes.

L’ARS de Bretagne a récemment préconisé de doter les enseignants de masques chirurgicaux. Cette préconisation sera-t-elle mise en œuvre et généralisée alors que le ministère de l’Éducation nationale fournit actuellement des masques en tissu ? Pouvez-vous nous préciser la position du gouvernement s’agissant du port du masque pour les élèves de l’école élémentaire ? À ce sujet, je ne peux enfin que réitérer ma demande de rendre les masques gratuits, en particulier à l’école, pour toutes les familles, car ils ne sont pas des fournitures scolaires mais un marqueur d’inégalité sociale.

L’Éducation nationale aurait dû prévoir qu’une partie de ces masques soient inclusifs. D’une part pour les élèves en situation de handicap qui en ont besoin, et d’autre part pour les enseignant.es au moins jusqu’aux CP pour l’apprentissage de la lecture et au-delà pour les enseignements de langues vivantes étrangères ou régionales. Sait-on quand ceux-ci pourront être livrés ?

Au-delà de l’urgence sanitaire, c’est l’urgence scolaire et pédagogique qui doit être notre préoccupation. Quelle école à l’heure de la Covid-19 ? Nous avons des propositions, nous les tenons à votre disposition.

***

Enfin, Monsieur le Président, nous sommes collectivement devant un défi démocratique. Avec cette crise inédite, personne ne peut décider seul. Il est plus que jamais important d’associer les représentants de la nation. Vous ne le faites pas. Les partis et les présidents de groupe ne sont pas réunis, pas informés, pas associés. Ce n’est pas sain pour la vie politique de notre pays.

En agissant de la sorte, vous encouragez le développement des fake news, des anti-masques, des complotistes qui vous disent que c’est vous, ou eux. Cette spirale est délétère. Il faut sortir de ce duel infernal qui fracture la société quand elle devrait se retrouver.

Le président du Conseil scientifique a indiqué que le gouvernement serait amené à prendre des mesures difficiles dans les prochains jours. Ce teasing anxiogène ajoute inutilement de l’inquiétude et de la confusion dans la chaîne de décisions qui devrait rassurer les Français.

Il est de notre responsabilité collective, Monsieur le Président, d’apporter les informations à nos concitoyennes et concitoyens pour regagner leur confiance. Le gouvernement, de son côté, doit faire la preuve qu’il a bien anticipé cette reprise épidémique et qu’il prend des mesures préparées. Le conseil de défense de demain doit être cette occasion.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Olivier FAURE

Premier secrétaire du Parti socialiste

Interview d'Olivier Faure du 23 mai 2020 dans Libération : Pour l'union des gauches

Certains d'entre vous l'on sans doute lue dans le "LIBERATION" d'hier. 

D'autres non ! C'est à ceux-là que je transmets cette importante interview d'Olivier Faure.

Importante non pas parce qu'elle indiquerait une nouvelle orientation du Parti Socialiste, mais bien au contraire parce qu'elle marque clairement la voie que nous défendons depuis deux ans et de laquelle nous ne nous écarterons pas : le rassemblement de la gauche et des écologistes.

Ces paroles invitent également ceux qui se sont éloignés du combat politique, étourdis par les querelles internes incessantes et déboussolés par les erreurs politiques commises qui ont dissimulé les avancés sociales, écologiques et économiques que nous avons faites sous le quinquennat précédent, à venir nous rejoindre ou (si cela leur semble impossible) à rejoindre un des autres mouvements de gauche.

L'objectif est de nous retrouver, ensemble bientôt, face à la droite et à l’extrême droite pour défendre un projet commun.

Amitiés socialistes

Jacques Chesnais
1er secrétaire de la fédération des Yvelines du PS

INTERVIEW D’OLIVIER FAURE

Olivier Faure, qui plaide depuis des mois pour un rapprochement des partis de gauche et écologistes, se félicite que « ça bouge enfin ». Face au « débat brutal » à venir avec la droite, le dirigeant du PS invite même les sceptiques à se rassembler pour « remettre l’humain au cœur de nos sociétés ».  

Chacun son combat. Depuis son arrivée à la tête du Parti socialiste, Olivier Faure pousse des deux mains pour la (re)naissance d’une union des gauches et des écologistes. Un rêve comme un autre. Une lutte qui ne fait pas toujours rêver. Des moque- ries, des doutes et des portes qui se ferment. Le député de Seine-et- Marne répète son refrain tous les matins : « La victoire est impossible sans union. » Petit à petit, « ça avance », dit-il. Quelques portes s’ouvrent lentement. 

D’autres à gauche se retroussent les manches afin de proposer une alternative commune à Emmanuel Macron. La crise sanitaire est un accélérateur : elle facilite le dialogue et les initiatives. Mais l’affaire reste complexe. On n’efface pas les nombreuses résistances du jour au lendemain. 

Comment décrivez-vous la période actuelle ? 

Incertaine. Humainement difficile pour de trop nombreux Français, tout en mettant en lumière une France généreuse et solidaire, notamment celle des premiers de tranchée. Mais ce n’est pas une simple crise. C’est une catastrophe qui agit comme un révélateur. La période éclaire ce que certains ne voulaient pas voir : il est temps d’inventer un nouveau modèle de société solidaire et durable. Le modèle actuel ne permet plus de faire face aux grands chocs climatiques, sociaux, sanitaires. Pour autant, ce serait faire preuve de beaucoup de naïveté que de croire que ces changements sont incontournables. Le débat sera brutal. Il opposera des visions du monde. Et le dessein commun de la gauche et des écologistes se heurtera à la paresse des commentateurs qui nous trouveront déraisonnables, au scepticisme de ceux qui ne croient plus en rien ni en personne et s’abandonnent à la résignation, à la résistance des lobbys qui craindront de perdre leur centralité, à la force des conservateurs et des libéraux qui saisissent cette crise comme l’opportunité de revenir sur tous les droits acquis au nom d’un effort exceptionnel à fournir dans une période d’exception, au cynisme des nationalistes qui assimilent le retour de frontières étanches à un geste barrière. 

La crise remet-elle en cause certaines de vos certitudes ? 

Elle permet à chacun de se réévaluer. La situation dans les hôpitaux, ça m’a remué. Ma mère était infirmière. Je sais que ces métiers du soin sont d’abord des vocations. Tous les gouvernements en ont abusé en refusant d’entendre les alertes et les souffrances exprimées. Et ce gouvernement singulièrement. Mais tirer toutes les leçons de cette crise ne peut se limiter à condamner les erreurs ou les mensonges de l’exécutif. C’est aussi accepter tous de se regarder dans un miroir. Le déni ne peut pas être une option. Le logiciel libéral est épuisé, nous l’avons trop longtemps subi, parfois accepté. Être lucide, c’est aujourd’hui être radical dans ses approches. Si l’humain n’est pas remis au cœur de nos sociétés, elles exploseront. 

Comment faire pour penser au monde d’après et répondre aux questions actuelles ?


Avant le « grand soir », il faut d’abord s’occuper de demain matin. Le jour d’après est hélas plus noir que le jour d’avant. La crise a exacerbé les inégalités. Les enfants ont traversé très différemment cette période. Les faillites et les plans sociaux vont se multiplier de manière exponentielle. Des centaines de milliers de familles peuvent basculer. Le rôle de l’État va être central. L’arrêt brutal du chômage partiel serait un drame. Il faut par exemple mettre en place un dispositif de réduction temporaire du temps de travail dans les entreprises en difficulté. L’intérêt pour l’entreprise, c’est de ne verser qu’une part des salaires et sans perdre ses salariés et leurs savoir-faire. L’intérêt pour les travailleurs, c’est de conserver leur emploi en conservant l’intégralité de leurs salaires versés pour l’essentiel par l’employeur et complétés par la solidarité nationale. Pour l’État, c’est la possibilité de verser moins que s’il avait à indemniser des chômeurs à 100%. C’est gagnant-gagnant-gagnant. Le temps libéré doit être un temps de formation, notamment pour les entreprises de l’industrie carbonée qui doivent muter. L’enjeu, c’est de relancer l’activité économique sans relancer la machine à polluer. Le « monde d’après le Covid » naitra des réponses que nous apporterons à l’organisation de «la vie avec le Covid-19». L’après se construit par étapes. 

Quel est le rôle du premier secrétaire du PS aujourd’hui ? 

Mon rôle, c’est de faire en sorte que la gauche soit à la hauteur du moment que nous traversons. De reprendre le dialogue avec celles et ceux que nous avons vocation à protéger. De défricher les idées neuves et de préparer l’alternance. De rendre possibles les convergences pour que la gauche se réinvente et de rendre une espérance à ceux qui ne croient plus au bonheur de vivre ensemble. 

L’idée de participer à une union nationale autour d’Emmanuel Macron, ce n’est pas tentant ? 

Sa propre majorité se délite jour après jour, c’est dire la confiance qu’il inspire. Après les gilets jaunes il devait y avoir un acte II plus social. Résultat ? Une réforme des retraites, heureusement remisée, et une autre de l’assurance chômage, qui va être un massacre en septembre si elle n’est pas abrogée. Avec Emmanuel Macron, il y a toujours un abîme entre le son et l’image... Mon objectif n’est pas le sauvetage de la pensée libérale en collant quelques rustines, mais de redonner un horizon à ceux qui ne veulent plus d’une société où le voisin est devenu un concurrent. Il faut tout revisiter. Vous trouvez normal que l’on rémunère mieux ceux qui détruisent la planète que ceux qui soignent, accompagnent les personnes âgées, s’occupent des plus fragiles ? Il faut remettre le monde à l’endroit. 

Ces dernières semaines, votre parti multiplie les auditions (Martinez, Berger, Hulot, Duflot, Méda, Zuckman...), quel premier bilan en tirez-vous ? 

Il y a des convergences fortes sur la nécessité d’ouvrir une nouvelle ère mariant l’impératif de lutte contre les inégalités et de sauvegarde de la planète. Pas de place pour les demi-mesures. Ce qui est frappant, c’est la renaissance d’une nébuleuse progressiste qui voit converger le monde intellectuel, la société civile organisée, qu’elle soit syndicale ou associative, les forces politiques de la gauche et de l’écologie. Je sens une envie de faire ensemble. Personne ne baisse les bras. Face aux drames humains, chacun revendique d’agir pour changer les choses. C’est la définition même de la gauche. 

On note aussi que les rapports évoluent dans votre camp... 

En effet. Il parait désormais loin le temps où j’appelais à une gauche des « combats communs » et où je recevais le silence pour seule réponse. Ça bouge enfin ! Sinon que dirons- nous à nos enfants ? Que nous avons renoncé́ à prévenir les grandes menaces parce que nous étions en désaccord sur une virgule ? 

Mais ça bouge vraiment ? 

Ça bouge dans les majorités municipales, ça bouge dans les partis, dans la société civile. J’ai proposé une université d’été commune de la gauche et des écologistes à Julien Bayou [le secrétaire national d’Europe Écologie-les Verts, ndlr] pour entrer dans une première concrétisation. Il s’est saisi de l’idée et l’a fait fructifier avec talent. Il faut maintenant avancer. Ne pas décevoir. Il y aura des résistances dans toutes les formations politiques. Comment en serait-il autrement alors qu’un tel rendez-vous est inédit ? Mais le temps n’est plus à demeurer chacun dans sa zone de confort. Face aux urgences, nos partis ne peuvent pas se lancer dans un concours de petits pas et de faux-semblants. Ouvrons nos portes et nos fenêtres et construisons ! 

Quelle est la place de Jean-Luc Mélenchon et des insoumis dans les discussions ? 

La porte est ouverte à toutes celles et ceux qui sont disposés à une discussion sincère qui ouvre la possibilité d’une alternance, et pas seulement une résistance au pouvoir en place. Jusqu’à présent, Jean-Luc Mélenchon brandit son programme baptisé « l’Avenir en commun », mais qui est commun à ses seuls amis. Je fais confiance à son sens politique pour percevoir vite où sont les dynamiques. 

Le gouvernement a annoncé vendredi que le second tour des municipales se jouera le 28 juin : une bonne nouvelle ? 

La démocratie ne peut pas rester confinée. Mais il faut s’autoriser jusqu’au dernier jour une nouvelle suspension du scrutin si la situation sanitaire le nécessite.

Quel est l’objectif des municipales pour les gauches ? 

Équilibrer le pouvoir national par les pouvoirs territoriaux qui sont des lieux formidables d’expérimentation et d’innovation. Les chocs à venir vont être terribles. Nos maires ont montré qu’ils pouvaient, dans la limite de leurs moyens, pallier les insuffisances gouvernementales. Pour cela, je souhaite arriver à un accord global avec tous nos partenaires. Diriger Paris, Lyon et Marseille est devenu possible. Nous n’avons pas le droit de laisser passer cette chance. 

Ça veut dire que lors de la prochaine présidentielle, il n’est pas certain de voir un candidat PS ? 

Il faut penser en termes de bloc et de projet. Si nous nous regardons comme des concurrents, comment un socialiste, un écologiste, un communiste ou un radical pourrait accepter un candidat qui n’a pas le même pedigree que lui ? Le bon candidat, c’est celui qui porte le projet commun, incarne une autre façon de gouverner et qui peut nous amener à la victoire. Limiter le dé- bat à celui de l’incarnation, c’est l’assurance de voir se développer des écuries qui n’auront qu’une obsession, se distinguer pour justifier telle ou telle candidature. 

Il y a de nombreuses résistances au sein de votre parti...


La question n’est pas le parti mais le pays. Je ne pense qu’au présent et à l’avenir, à l’espérance du peuple français et au futur de notre pays. Quelle est l’histoire du mouvement ouvrier ? Divisé au XIXe siècle, il s’est unifié au début du XXe dans le bien nommé « congrès du Globe ». Jaurès, Guesde, Vaillant ont dé- passé leurs fortes divergences pour créer la SFIO devenue ensuite le Parti socialiste. Sans ce geste initial, sans leur vision et leur sens des responsabilités, nous n’aurions pas construit le modèle social français et européen. A nous aujourd’hui de bâtir l’offre politique du XXIe siècle en créant un bloc social, écologique, féministe et démocratique ! 

Est-ce que vous êtes le dernier premier secrétaire du PS ? 

Je suis socialiste. Personne ne doit abjurer son identité. Nous devons additionner nos histoires, nos cultures, nos regards pour former un bloc commun. A cette condition là̀, il n’est plus interdit de rêver changer la vie.

Recueilli par RACHID LAÏRECHE
(Libération, Samedi 23 et Dimanche 24 mai 2020)

1er Mai : N’abandonnons pas les victimes sociales de la crise sanitaire. Exigeons l’abandon de la réforme de l’Assurance chômage !

 

"Monsieur le Premier ministre,

Le 11 mai prochain, nombre de nos concitoyens demeureront confinés. Non pas parce qu’ils auraient contracté le COVID-19 mais parce que victimes de la faillite de leur entreprise ou d’un licenciement, ils n’auront pas d’emploi à retourner exercer.
Pire, avec votre réforme de l’assurance chômage, nombre d’entre eux n’auront plus droit à aucune indemnisation ou la verront diminuer drastiquement.

Cela concernera d’abord les travailleurs les plus fragiles, ceux qui avant la crise occupaient un emploi précaire (contrats courts, temps partiels, travailleurs saisonniers, etc.). Cela touchera également les travailleurs des secteurs les plus sévèrement touchés par la crise sanitaire (hôtellerie, restauration, culture, tourisme, évènementiel, restauration…).

Face à la crise, vous avez pris la décision de reporter au mois de septembre prochain la réforme de l’indemnisation du chômage, qui devait entrer en vigueur en avril et qui privera les nouveaux inscrits de 27% de leur indemnisation en moyenne – parfois même jusqu’à 50% - selon l’étude d’impact de l’Unedic. Elle doit être définitivement abandonnée.

L’autre partie de la réforme est entrée en vigueur en novembre 2019 et va priver de nombreux travailleurs d’une ouverture de leurs droits, puisque la durée de cotisation a été étendue. Les victimes de la récession économique vont basculer dans une totale précarité."

👉 Parce que nous avons plus que jamais besoin de solidarité et de justice sociale,

👉 Parce que c’est la sécurisation des parcours professionnels qui permettra aux travailleurs de conserver leur savoir-faire,

👉 Parce que les entrepreneurs auront besoin de personnels avec des compétences préservées pour relancer leur activité avec efficacité et sérénité,

👉 Parce qu’il ne faut pas ajouter à la crise sanitaire un carnage économique et social, nous vous demandons d’abroger l’intégralité de votre réforme de l’assurance chômage.

Exigeons l'abrogation de la réforme sur l'assurance chômage !

Covid19 : Courrier d'Olivier Faure à Emmanuel Macron

OFaure 20200402 À la veille de l'intervention d'Emmanuel Macron qui s'est adressé aux Français le lundi 13 avril, en pleine épidémie de Covid-19, Olivier Faure lui a adressé un courrier. Il l’alerte notamment sur la montée de la précarité.

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, ma famille politique a fait le choix d’être utile aux Français. Nous avons collectivement décidé de renvoyer au lendemain de cette crise le temps du bilan et des leçons à tirer. L’heure est à la responsabilité et, plus que jamais, à la vérité pour surmonter cette catastrophe inédite.

La période de confinement va, à l’évidence, se prolonger. Nous aurions pu gagner en adhésion si l’annonce en avait été faite dès le début de la crise. Nombreux parmi nos concitoyens ont espéré un confinement de courte durée, suivi d’un retour rapide à la normale. Il n’en sera rien. Notre pays doit à présent prendre des engagements pour garantir, dans l’épreuve, la cohésion d’une Nation. C’est le sens, Monsieur le Président de la République, de ce courrier.

Un débat se profile. Monstrueux. Il faudrait choisir entre des vies et des emplois, entre notre santé et notre économie. Il vous appartient de rassurer les Français sur le fait que votre arbitrage demeurera celui de votre première allocution : protéger « quoi qu’il en coûte ». Cela suppose que les conditions du déconfinement soient parfaitement établies et que tous les risques soient préalablement évalués en évitant des décisions prématurées.

L’épidémie a battu un record macabre ce dernier vendredi. Aucun signal de relâchement ne doit être donné alors que nos soignants livrent bataille. Mais il nous faut anticiper et préparer l’étape suivante, donner un horizon plausible aux Français.

Il est donc impérieux de faire toute la transparence sur les conditions du déconfinement, sur les critères retenus pour le déclencher, comme sur les modalités de sa mise en œuvre. Plusieurs questions appellent d’ores et déjà des réponses claires.

  • Quel est l’état de nos commandes de masques ? Quelles sont les dates de livraison et en quelle quantité ? Quelle est la proportion de masques FFP2 pour protéger prioritairement nos soignants alors que 3 000 d’entre eux ont déjà été contaminés ? À quelle date serez-vous en mesure de fournir des masques à toutes celles et tous ceux qui continuent à travailler ? Plus largement, quand prévoyez-vous d’équiper tous les Français ? Puisque le virus, selon toute vraisemblance, ne disparaîtra pas rapidement, quelles dispositions sont prises pour mobiliser et, lorsque nécessaire, réquisitionner les entreprises industrielles capables de contribuer à l’approvisionnement massif dont nous allons avoir besoin, et qui ne saurait dépendre exclusivement de la Chine qui n’est elle-même pas à l’abri d’un rebond épidémique ?
  • Les mêmes questions se posent pour la production de tests. À quelle date estimez-vous qu’elle sera suffisante pour accompagner la sortie progressive du confinement ?
  • En quelle quantité des locaux ont-ils été prévus pour accueillir les personnes porteuses du virus qu’il faudrait isoler afin d’éviter toute nouvelle contamination ? Les collectivités locales sont prêtes à accompagner l’État dans cet effort.
  • S’agissant du traitement du Covid-19 par l’hydroxychloroquine, quel sens faut-il donner à votre entrevue avec le professeur Raoult, que vous avez souhaité rendre publique alors que vous aviez, jusqu’ici, donné le sentiment de vous en remettre aux essais cliniques de la mission « Discovery » ?
  • Concernant la recherche d’un vaccin, quel soutien l’État entend-il apporter aux équipes déjà à l’œuvre et quelles sont les coopérations internationales engagées pour surmonter les querelles d’ego, de brevet et d’argent ?
  • Une sortie progressive du confinement est-elle toujours privilégiée ? Par ville ? Par région ? Par âge ? Quelles en seraient les modalités concrètes pour filtrer les allées et venues ? Quelles solutions seraient envisagées pour les foyers où cohabitent plusieurs générations ?

Les réponses à ces questions conditionnent le déconfinement. Précipité, il portera le risque d’une nouvelle vague épidémique dans le pays et « pourrait être aussi mortel que sa propagation s’il n’est pas géré convenablement » comme l’a indiqué le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La transparence n’est plus une option. Les variations sur l’utilité des masques et des tests sont dans toutes les mémoires. C’est aujourd’hui la parole de l’État, sa crédibilité, qui sont en jeu.

À cette aune, le débat initié sur le « tracking » n’a tout simplement aucun sens. En effet, indépendamment du précédent que créerait un tel dispositif – nous ne voulons pas passer du confinement de masse à la surveillance de chacun –, son efficacité théorique repose sur un dépistage massif, des lieux relais pour accueillir les malades contagieux, des masques pour toute la population. Or, tout ceci manque cruellement aujourd’hui.

Chaque jour qui passe la crise sanitaire et le confinement accroissent les inégalités et les fractures sociales dans notre pays. Tous les retours démontrent que cette crainte, que je vous avais déjà exprimée, se confirme. Le département qui compte le plus grand nombre de morts est aussi le plus pauvre. La précarité, l’accès réduit aux soins, le manque de moyens pour se nourrir correctement et la surpopulation dans les logements exigus contribuent largement à cette situation.

Aucun territoire ne saurait être stigmatisé alors que les études démontrent que le non-respect du confinement est aussi répandu, voire supérieur, dans les zones habitées par des populations plus favorisées économiquement.

Dans notre pays, 6e puissance économique mondiale, une part de la population ne se nourrit plus à sa faim. Les étudiants qui bénéficiaient des repas au Crous ne peuvent plus s’y rendre ; de nombreux enfants, pour lesquels le seul vrai repas quotidien était celui de la cantine, n’y ont plus accès. Des livreurs payés à la course voient leur revenu s’effondrer et se privent de manger. Dans de nombreuses familles, le confinement aggrave non seulement l’injustice sociale, les difficultés scolaires mais aussi les violences intrafamiliales.

À côté de l’état d’urgence sanitaire, vous devez imposer un état d’urgence social.

Votre responsabilité, c’est d’ouvrir les droits à l’assurance-chômage dès deux mois d’affiliation, de revenir sur les six mois exigés depuis novembre, et de supprimer définitivement votre réforme de l’assurance- chômage, fabrique infernale à précarité. Il est temps de décider, aussi, que le versement de la prime d’activité des mois de janvier et février se poursuivra chaque mois pendant le confinement.

Votre responsabilité, c’est de ne pas laisser les collectivités, admirables dans cette crise, assumer seules. Donnons-leur les moyens. Il faut entendre l’appel des élus, notamment nos présidents de conseils départementaux, qui demandent que l’accès aux aides sociales soit facilité et que les interruptions envisagées soient stoppées. Dans l’urgence, il est impératif de mettre en place une aide exceptionnelle de 300 euros par foyer, et une majoration de 100 euros par enfant, pour tous les ménages bénéficiaires des minima sociaux, des aides au logement et de l’allocation de rentrée scolaire, comme vous le demandent les associations de lutte contre l’exclusion.

La solidarité du quotidien passe par les élus locaux. Je vous demande de mieux associer les collectivités locales à sa mise en œuvre.

Cette crise sociale, engendrée par la suspension d’une large part de notre activité, sera demain amplifiée par une crise économique que l’on sait sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Les dispositifs que vous avez mis en place, autour notamment du recours au chômage partiel et du fond de solidarité, sont précieux, mais ils laissent encore trop de nos concitoyens sur le bord de la route.

S’agissant du chômage partiel, je réitère ma demande d’indemnisation des salariés à 100 % jusqu’à 2,5 SMIC.

Les mesures gouvernementales doivent être amplifiées, à la mesure du coût du confinement pour l’économie française. Cet effort doit, en particulier, être dirigé vers les TPE et PME, les indépendants, ou encore les compagnies du secteur artistique et culturel. Le comportement des banques est encore trop souvent celui de la sélection de leurs risques, et les refus opposés aux entreprises fragiles sont légion. La garantie de l’État doit être portée à 100 % afin que les prêts soient réellement accessibles à tous. Des aides massives aux entreprises industrielles devraient être accordées pour amorcer de nouveaux projets d’innovation et de diversification, notamment orientés vers la relocalisation et la transition écologique, sous la forme d’avances remboursables uniquement en cas de succès commercial.

Le ministre de l’Économie a évoqué une possible intervention de l’État pour sauver des entreprises, mais tout semble indiquer que cela ne sera pas possible pour toutes les entreprises. Dès lors, quels seront les critères qui présideront au choix de l’État pour les accompagner?

L’intervention de l’État est nécessaire pour faire face à la récession. Elle est même saluée par vos ministres qui, pourtant, n’ont eu de cesse depuis trois ans de diminuer ses moyens et sa capacité d’action. Réjouissons-nous de cette prise de conscience, créons les conditions pour qu’elle ne s’évanouisse pas.

La question de la dette des États est posée au niveau européen. L’accord du jeudi 9 avril prévoit 500 milliards d’euros d’aide à l’économie mais ne règle pas la question. La solution du recours au Mécanisme européen de stabilité (MES) n’est pas adaptée à la situation actuelle. Cet accord est strictement dans la ligne de ce que l’Europe a fait en 2011-2012, soit toujours « trop peu et trop tard ». L’Union doit cette fois agir à temps et massivement.

Ne faisons pas croire, en effet, que les engagements actuels sont suffisants. Le détail de ce plan relève ses faiblesses (2 % du PIB) et comporte des clauses beaucoup trop vagues sur les dépenses éligibles, leur durée et les remboursements.

Au-delà, je vous demande de mettre tout le poids de la France dans une série de discussions avec nos partenaires européens sur la monétisation des dettes de sauvetage ; sur le parti à tirer de la mobilisation des outils d’intervention à la disposition de la BCE ; d’ouvrir le débat sur des annulations de dettes en échange d’investissements équivalents dans les biens essentiels et la transition écologique, et sur le lancement indispensable de « coronabonds ».

Ce serait enfin une erreur de considérer cette crise épidémique comme un seul choc de l’offre. Elle est aussi un choc de la demande. Vous devez donc envisager, dès à présent, en concertation avec les partis d’opposition, les collectivités qui sont des investisseurs majeurs, et les partenaires sociaux, les modalités d’un plan de relance, ou plutôt de mutation. En effet, il ne pourra s’agir de repartir « comme avant » dans l’indifférence aux menaces qui pèsent sur la planète, mais bien de réorienter notre politique vers la lutte contre les inégalités sociales, territoriales, et l’impératif climatique et écologique.
Je réitère ma demande que ce plan de « mutation» s’accompagne d’une reconnaissance réelle et concrète envers tous les métiers que le système économique avait mis dans l’ombre (caissières, livreurs, infirmières, urgentistes...) et qui tiennent depuis des semaines – et en réalité depuis bien plus longtemps – le pays à bout de bras.

Dans un contexte d’inquiétude, il faut commencer à répondre à la question « Qui doit payer ? ». L’engagement doit être pris sans tarder : il est hors de question de faire payer aux premiers de tranchée et aux classes moyennes précarisées la facture de cette crise. L’ « effort de guerre » doit porter d’abord sur les plus fortunés : l’ISF doit être rétabli et la flat tax abrogée. Et s’il y a bien un « géo-tracking » à organiser, c’est celui qui vise la fraude et l’évasion fiscale.

Cette crise agit comme le révélateur de toutes les incohérences, les injustices, les inégalités du système actuel. Sa résolution doit révéler notre humanité.

Vous prendrez la parole lundi devant tous les Français. Je ne doute pas que cette expression saura saisir les propositions ici formulées et répondre aux questions de nos compatriotes.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.